ProfCré - Profession Créer

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Bénévoles dans les réseaux : bientôt une gratification fiscale ?

La formule fait partie du plan Borloo, en cours de discussion au Parlement. Elle intéresse tous les réseaux d'accueil qui travaillent avec des bénévoles. Le papier qui suit est paru dans Le Monde Initiatives N°35, Novembre 2004

Dans un recoin du plan Borloo pour la cohésion sociale figure une mesure discrète : certains bénévoles seront gratifiés de leur activité par une réduction d’impôt. Une reconnaissance de leur professionnalisme ? et de leur contribution à la création de richesses ?

Jean-Louis Borloo casse à nouveau des murailles en obtenant (peut être ?) que l’ANPE, les Assedics, l’AFPA se rassemblent territoires par territoires dans ses 300 futures Maisons de l’Emploi, en compagnie des collectivités territoriales. Les réseaux de la création d’entreprise y seront également bienvenus, semble-t-il ; d’autant que certains d’entre eux accueillent et accompagnent un grand nombre de chômeurs qui veulent créer leur entreprise. Les chômeurs – créateurs représentent quelques 40% du total des créateurs, donc 80 000 sorties du chômage chaque année.

Vis à vis d’eux, le travail d’accompagnement est à cheval entre l’économique et le social. Les Boutiques de gestion le savent bien, qui ont accueillis 45 000 porteurs de projet en 2003 dont la grande majorité était chômeurs, et accompagné 8 000 créations, soit plus de 10 000 emplois crées. Mais c’est vrai aussi pour les trois réseaux de financement des créateurs. L’Adie fait des prêts à des chômeurs de longue durée ou à des Rmistes qui se mettent à leur compte ; France Active fait des prêts et propose sa garantie à des personnes de profils proches ; et les plate formes de France Initiative constatent que les deux-tiers des créateurs qu’elles financent étaient chômeurs auparavant.

D’ailleurs ces quatre réseaux utilisent les services de bénévoles. Les Boutiques de gestion de façon limitée (un risque de concurrence déloyale vis à vis de leurs conseillers professionnels ?) ; alors que les trois réseaux financiers en font une question de principe, et recourent systématiquement aux services de ces personnes expérimentées et désintéressées. Au total, ce sont sans doute quelques 20 000 personnes qui contribuent gratuitement à leur action. Mais de façon limitée : quelques heures par semaine ou par mois ; soit pour contribuer à des Comités de crédit ; soit surtout pour tutorer, conseiller, parrainer, bref, accompagner des créateurs souvent fragiles et inexpérimentés.

La future loi Borloo permettrait désormais aux bénévoles qui accompagnent des chômeurs-créateurs de réduire leur impôt sur le revenu de 1 000€ par an et par personne accompagnée (au plus deux personnes accompagnées par an, donc au plus 2 000€). Mais en faisant attester la qualité des prestations fournies par une Maison de l’emploi : ou, plus concrètement, sans doute par l’un des réseaux cités plus haut.

Voilà qui peut changer le paysage du « bénévolat économique » en France. La mesure ne concerne pas les immenses troupes des bénévoles des associations charitables, qui ont une action magnifique et indispensable. Elle vise une contribution très technique qui consiste à savoir « accompagner » ce qui est à la fois un projet personnel, une réorientation professionnelle, et exige aussi l’expérience des plans d’affaire, des prévision financières, et de toute cette alchimie qui fait le « se mettre à son compte ».

Ainsi, les réseaux de la création auront désormais la possibilité de conclure de véritables partenariats avec l’immense réservoir de professionnels en pleine forme que sont les jeunes retraités banquiers, cadres, chefs d’entreprises. Désormais, tu seras « payé » et gratifié pour la qualité de ton intervention. Mais pour que cette qualité soit avérée, tu devras accepter de te mettre « à la norme » : de faire des efforts d’adaptation, de formation et d’engagement. On entre dans l’échange véritable ; on sort de l’échange inégal que représente ce « cadeau » fait de pure bonne volonté de la plupart des bénévoles, et qui désarme la critique des professionnels. Pas fiables, pas fidèles, les bénévoles ? trop peu engagés, prêts à partir en vacances dès le printemps venu ? Peut être. Parfois parce qu’ils estiment jouir d’une retraite « bien méritée ». Parfois aussi parce qu’on n’investit pas assez sur eux et sur leurs capacités à se motiver. Désormais ce jeu à trois (tu t’engages ; je signe ton attestation ; grâce à quoi l’Etat te fait cadeau de 2 000€ par an) mettra de la réciprocité dans le projet commun.

Rappelons le : une année de création d’entreprise, ce sont 450 000 emplois trois ans après ; et les créateurs qui sont accompagnés réussissent mieux que les autres. 40% des créateurs sont des chômeurs, et moins de 10% des créateurs sont accompagnés par des réseaux professionnels, respectant des normes de qualité dans leur métier. Ajouter quelques millions d’heures de travail dans ce champ, c’est à la fois conforter le mouvement et réduire le taux d’échec. Qui, lui, reste dramatiquement constant, faute de troupes aguerries pour soutenir les plus fragiles.

voir l'art 35 du projet de loi, tel qu'il est adopté par le Sénat apèrs modifications, fin Novembre

Trackbacks

Aucun trackback.

Les trackbacks pour ce billet sont fermés.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Les commentaires pour ce billet sont fermés.

Ce blog traite de la création d'entreprise. Il s'adresse non pas aux créateurs, mais aux professionnels qui les accueillent, les accompagnent, les financent et les suivent. Il est créé à l'initiative de Benoît Granger (voir bio) avec des contributions de quelques amis. Il se développera si vous manifestez votre intérêt !

Pour joindre les auteurs, pour vous abonner (prochainement) : message à MicFin (at) noos (point) fr

Contrat Creative Commons
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.